Le yodel

 

Chant des bergers alpins qui consiste à moduler rapidement la voix. L’association suisse compte 21.000 membres.

«J’AI PARFOIS L’IMPRESSION D’ÊTRE NÉ UN SIÈCLE TROP TARD» Terence Reverdin, 21 ans, Etudiant à l’EPFL en génie civil, chante à l’Alphüttli Jodler Club Genève et dans le Chœur suisse des jeunes.

Il arrive à fond dans sa petite voiture rouge un peu passée. «J’ai été pris dans le trafic», s’excuse-t-il de sa voix profonde. Avec sa barbe légèrement clairsemée, son corps mince, Terence Reverdin a un petit air pastoral. Il rentre de l’EPFL où il jongle entre examen et préparation d’examen; le Genevois termine sa deuxième année en génie civil. Des études pointues alliant innovations informatiques et sciences des matériaux, qui sonnent comme un paradoxe avec sa passion du yodel, ce chant traditionnel des Alpes suisses. «C’est vrai, dans mes études nous utilisons beaucoup de nouvelles technologies, et il peut paraître paradoxal que ces chants traditionnels me touchent, mais c’est ainsi, je ne me l’explique pas, on est là dans le domaine de l’émotionnel.»

Le Genevois, bizarrement, a découvert son amour du yodel en volant vers les Etats-Unis. «On a de la famille dans le Maryland et, entre 6 et 12 ans, on y allait chaque année. Le moment fort du voyage était pour moi le vol Swissair. A l’époque, il y avait un programme de radio historique qui passait notamment de la musique folklorique, j’adorais ça!»

A 16 ans, il intègre ainsi l’Alphüttli Jodler Club de Genève, loin des envolées électro-pop de Lady Gaga. «Je n’ai jamais aimé suivre la tendance générale, et tout n’est pas à jeter chez Lady Gaga», glisse en souriant Terence Reverdin. Le jeune homme cultive ce côté hors du monde et vit d’ailleurs une seconde passion avec les chemins de fer. «Parfois, j’ai l’impression d’être né un siècle trop tard. Je trouve important de conserver notre folklore.

Le yodel chante la Suisse, raconte des choses simples comme une montée à l’alpage, la beauté d’un paysage. Savoir d’où l’on vient me paraît essentiel.» Les sarcasmes de ses camarades lui passent loin au-dessus du canotier. «Souvent, les gens me demandent ce que c’est et trouvent ça plutôt original. Je ne subis pas vraiment de moqueries et, quoi qu’il en soit, les critiques m’indiffèrent. Moi, j’ai la chance d’avoir une passion alors que je vois tant de jeunes qui n’ont envie de rien».

 

L’Illustré, N°31 - 2012